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Oct 10

Actes Synodaux – « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie » (Jn 20, 21)

« Comme le Père m’a envoyé,

à mon tour, je vous envoie »

(Jn 20, 21)

p1

  • Notre synode au service de cet envoi en mission.
  • Les convictions fortes du synode (par le cardinal RICARD)

Les convictions fortes du synode

Quand on lit les Actes du Synode, on s’aperçoit qu’une préoccupation a habité le cœur et l’esprit de beaucoup de délégués synodaux : comment vivre sa foi aujourd’hui dans une société sécularisée ? Comment l’Église doit-elle se situer dans un contexte où sa surface sociale s’est réduite et où la transmission de la foi ne peut plus reposer sur une assise familiale ou sociologique forte ? L’indifférence à l’égard de la foi semble marquer beaucoup de nos contemporains. Mais, en fait, quand on regarde de plus près, on s’aperçoit que les attentes spirituelles, les questions concernant le sens à donner à la vie, n’ont pas disparu. La démarche de tous ces adultes qui demandent le baptême ou la confirmation en est un signe expressif. Il y a là un appel pour l’Église.

Les trois grands axes de notre synode : la rencontre personnelle du Christ, la fraternité et la mission sont une réponse à l’interrogation formulée. Ces composantes de la vie personnelle et de la vie ecclésiale sont comme trois portes d’entrée dans l’expérience chrétienne. On ne peut en choisir une sans les autres. Chacune renvoie aux deux autres.

1- La relation personnelle au Christ est au cœur de la foi chrétienne. Jésus nous dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez et que vous produisiez du fruit » (Jn 15, 16). Ce choix du Christ s’accompagne du don de son amour, de l’offre de son amitié, de l’appel à le suivre comme disciples sur la route de la vraie Vie. Il est demandé aux communautés chrétiennes de veiller à nourrir la vie spirituelle de leurs membres : « Les communautés chrétiennes ont à cœur de favoriser et de préserver la vie spirituelle des baptisés au sein de leurs missions et leurs engagements. Elles sont au service de la croissance de la vie spirituelle de tous ». Temps de prière, écoute et service de la Parole de Dieu, célébration de l’eucharistie sont des temps forts d’une rencontre avec le Seigneur. Formation et accompagnement spirituel devront être plus largement proposés. Pour éviter que ceux qui s’engagent dans la vie ecclésiale ne s’épuisent dans un simple « faire », on veillera à leur proposer un ressourcement et une relecture : « Que toute nomination soit associée à une proposition de formation accessible et ajustée aux besoins de la personne. Au début de chaque mission, fixer une durée et prévoir des temps de relecture ». Pour soutenir cette préoccupation et cette aide à la vie spirituelle, il est demandé à l’Église diocésaine de mettre sur pied, dans le cadre de l’Institut Pey-Berland, un service de la vie spirituelle.

2- Le service de la mission. Si le Christ appelle les siens à être ses disciples et ses amis, il les appelle aussi à être ses apôtres. Il les « envoie ». Après sa résurrection, il leur dira : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie » (Jn 20, 21). « Vous serez mes témoins » (Ac 1, 8). Le pape François a souvent parlé d’une Église en « sortie ». Il nous dit : l’Église ne doit pas ressembler à la femme recourbée de l’Évangile, qui est malade et ne regarde que son nombril. L’Église lui est semblable quand elle se replie sur elle-même et ne se préoccupe que de son organisation ou de son animation internes. Le Christ appelle l’Église à se redresser et à « sortir », pour aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps car elle est porteuse d’un message de salut qu’elle ne peut garder pour elle-même mais qu’elle doit offrir à tous. Les papes récents, depuis Paul VI, en passant par Jean-Paul II et Benoît XVI, jusqu’au pape François ont appelé à entrer dans une dynamique d’évangélisation. Le synode met cette conviction au cœur de sa réflexion : « Les disciples sont appelés et envoyés par le Christ qui les précède et agit dans le cœur de tout homme. Le Christ donne la force de l’Esprit Saint. Les chrétiens apprennent, en Église, à donner et recevoir de Dieu et des hommes. Ils sont appelés à sortir d’eux-mêmes pour s’ouvrir aux autres, témoigner de la joie d’être sauvés, témoigner du Christ et de la miséricorde du Père ». Comment penser cette évangélisation ? Celle-ci ne saurait être un prosélytisme intempestif où l’on s’adresserait à l’autre sans respecter sa liberté. Elle n’est pas non plus une opération commerciale où l’on chercherait à placer un produit sur le marché. Nous sommes témoins d’une transformation de vie, celle qu’apportent le compagnonnage avec le Christ et la lumière de son Évangile. Nous faisons l’expérience d’un plus. Avec l’Évangile nous sont proposés un parcours d’humanisation, une sagesse, un art de vivre pratique. Nous sommes habités par une confiance, une espérance, une joie intérieure. Nous sentons qu’en prenant la route de l’amour nous avons pris le chemin de la vie, de la vraie vie, de celle qui ne déçoit pas. L’évangélisation est fondamentalement l’invitation à entrer dans cette expérience. Nous sommes invités à dire aux autres : « Nous avons trouvé la source d’eau vive. Elle nous est donnée mais elle ne nous appartient pas. Elle est pour tous. Si tu as soif, viens et vois. Viens et bois ». Cette invitation fait appel à la liberté. Elle se fait rencontre respectueuse, dialogue, cheminement. Le synode définit ainsi l’attitude missionnaire des « disciples en sortie » : « Rejoindre et accueillir, écouter et appeler, accompagner et témoigner ». L’invitation est faite aux secteurs pastoraux d’envisager une semaine de mission. Le diocèse va créer : « une école diocésaine de la mission ». Mais l’évangélisation peut aussi prendre des visages différents : annonce du kérygme, qui est le cœur de la foi chrétienne, invitation à une rencontre, à un débat sur une question de société, compagnonnage avec des personnes dans la durée, engagement de solidarité et témoignage gratuit de l’amour de Dieu envers les personnes en difficulté. Le synode invite à mettre en œuvre l’imagination pastorale.

3- La fraternité chrétienne. Le Christ est venu offrir à l’homme une transformation de son cœur. C’est l’Esprit Saint qui met en nous l’amour du Christ, qui nous donne d’aimer comme lui et en lui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12) dit Jésus. L’amour fraternel est le signe de cette nouveauté qu’Il apporte (cf. Jn 17, 23). Le synode invite à vivre cette fraternité, à expérimenter l’Église non seulement comme grand rassemblement mais aussi comme petite communauté fraternelle de prière, de partage et de soutien : « (Nous proposons) de promouvoir, développer et multiplier des petites communautés fraternelles de voisinage dans chaque paroisse, secteur pastoral…». Cette fraternité devra aussi se vivre par des relations plus confiantes entre prêtres et diacres mais aussi en progressant dans une plus grande coresponsabilité de tous dans la prise en charge de la vie et de la mission de l’Église.

 

 

Bordeaux, le 20 mai 2018

En la fête de Pentecôte

Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas